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S’émerveiller dans les paysages brumeux avec Nina Lozej

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Pour Nina, la photographie de paysage commence dans ces rares moments où la lumière, la météo et le lieu s’alignent — lorsque le brouillard transforme une vue familière, que le lever du soleil adoucit le paysage, et que l’ordinaire semble soudain presque irréel.

Basée en Slovénie, elle a construit sa vision photographique autour de la patience, de l’atmosphère et de la joie de rechercher des conditions que la plupart des gens ne voient jamais. Ses images ne parlent pas seulement de beaux paysages, mais de l’émotion d’être là au bon moment — avant l’aube, dans la brume, lorsque tout semble suspendu.

Dans cette interview, Nina partage ce qui la pousse encore aujourd’hui à poursuivre la photographie, pourquoi le brouillard est devenu un élément si central dans son travail, comment revenir aux mêmes lieux approfondit sa compréhension des paysages, et pourquoi organiser ses archives fait aussi partie d’une pratique créative durable.

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Explorer la magie de la photographie de paysage en Slovénie

Qu’est-ce qui vous pousse encore aujourd’hui à poursuivre la photographie ? Qu’aimez-vous profondément dans ce travail, et qu’espérez-vous que les gens ressentent en regardant vos images ?

Ce qui me pousse encore aujourd’hui à poursuivre la photographie, c’est la joie de rechercher des conditions rares et d’être témoin de moments que la plupart des gens ne voient jamais. C’est tellement excitant d’arriver sur un lieu avant le lever du soleil, sans savoir ce qui nous attend, puis de se retrouver soudain face à une scène qui semble irréelle.

Ce que j’aime profondément dans la photographie, c’est la combinaison de curiosité, d’imprévisibilité et d’expression artistique. Pour moi, la vraie magie se trouve dans cette quête de moments rares où tout s’aligne.

Lorsque les gens regardent mes images, j’espère qu’ils ressentent à la fois de l’émerveillement et de la joie. Je veux qu’ils remarquent vraiment à quel point les paysages qui nous entourent peuvent être extraordinaires. Même les lieux familiers peuvent devenir magiques dans les bonnes conditions, et j’aime partager cette perspective.

“Ce que j’aime profondément dans la photographie, c’est la combinaison de curiosité, d’imprévisibilité et d’expression artistique.”

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Le brouillard apparaît dans presque toutes vos photographies — qu’apporte-t-il à votre vision que la lumière claire ne pourrait pas offrir ?

Le brouillard est devenu une part importante de ma photographie, en grande partie grâce à l’endroit où je vis. Dans le centre de la Slovénie, le brouillard apparaît très souvent, surtout en automne et en hiver. J’ai été fascinée par l’idée qu’il puisse transformer complètement des lieux ordinaires en scènes extraordinaires. Cette curiosité m’a menée vers des endroits comme Sveti Tomaž, Jamnik et bien d’autres, où j’ai commencé à rechercher moi-même ces moments surréalistes.

Pour moi, le brouillard ne sert pas à cacher le paysage, mais à révéler sa beauté différemment. C’est comme un voile de magie enveloppant des lieux réels, les transformant en scènes plus minimalistes, plus rares et plus puissantes émotionnellement.

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Vous semblez rechercher une lumière très particulière — ce moment entre la nuit et le jour, où tout paraît suspendu. Pourquoi cette atmosphère est-elle si précieuse à capturer pour vous ?

J’ai toujours été attirée par cette fenêtre entre la nuit et le jour, parce qu’elle donne l’impression que le monde devient brièvement plus extraordinaire que d’habitude. La pleine lumière du jour est familière ; c’est ce que tout le monde voit chaque jour.

Mais le lever et le coucher du soleil offrent quelque chose de plus rare. Le matin apporte souvent de la douceur, de la brume et du mystère, tandis que le soir peut créer des ciels dramatiques, de longues ombres et des contrastes intenses.

Je suis fascinée par ce que la lumière fait à un paysage. Elle agit presque comme un projecteur, révélant ou renforçant des éléments qui pourraient autrement passer inaperçus. Elle peut transformer un paysage ordinaire en une scène visuellement inoubliable.

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Comment Nina Lozej capture la Slovénie à travers la lumière, la météo et le temps

Vous photographiez les mêmes lieux encore et encore — le lac de Bled, Sveti Tomaž, les viaducs dans le brouillard. Que recherchez-vous encore dans ces paysages que vous connaissez si bien ? Est-ce la quête d’une image, d’une émotion… ou de quelque chose de plus difficile à nommer ?

Même si j’aime explorer de nouvelles régions moins connues de Slovénie, il y a quelque chose de très gratifiant à revenir dans certains lieux particuliers, à travers les saisons, les conditions météo et les variations de lumière.

Ce que je recherche vraiment, ce n’est plus une seule image parfaite, mais une compréhension plus profonde d’un lieu au fil du temps. Revenir me rend heureuse, parce que chaque visite offre la possibilité de voir quelque chose différemment.

Après des années à revenir, apprendre et comprendre ces paysages, j’ai développé une forme de connaissance que je souhaite aujourd’hui partager à travers mon projet, Slovenia Photography Tours. Mon objectif n’est pas simplement d’emmener les gens dans de beaux endroits, mais de les aider à vivre ces lieux dans les meilleures conditions possibles, en m’appuyant sur l’expérience acquise au fil de nombreuses années d’exploration. En ce sens, revisiter les paysages est devenu à la fois une forme de récit et une expertise.

“Ce que je recherche vraiment, ce n’est plus une seule image parfaite, mais une compréhension plus profonde d’un lieu au fil du temps.”
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Si vos dix images les plus importantes formaient une série — une vraie série, pas seulement une sélection — quelle émotion les relierait toutes ? Et comment la nommeriez-vous avec vos propres mots ?

L’émotion qui relierait mes images les plus importantes serait un mélange d’émerveillement, d’admiration et de joie. Je pense que toutes mes photographies les plus fortes, peu importe où elles ont été prises, sont ancrées dans ce même sentiment : celui d’être témoin de quelque chose de visuellement extraordinaire et de vouloir le préserver.

Au début, la photographie consistait souvent à partager les endroits où j’étais allée. Aujourd’hui, il s’agit beaucoup plus d’exprimer ma manière de voir le monde — la façon dont la météo, la lumière, l’atmosphère et le moment peuvent transformer des paysages ordinaires en quelque chose de profondément émotionnel.

Si les spectateurs découvraient ces images comme une seule série, j’aimerais qu’ils se sentent inspirés et plus conscients de la beauté extraordinaire qui nous entoure.

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Si vous comparez vos premières images de Slovénie avec les plus récentes, qu’est-ce qui a évolué — dans votre vision, votre manière de travailler, vos choix ? Comment décririez-vous cette transformation ?

Quand je regarde mes premières images, je vois que les bases étaient déjà là. J’ai toujours eu un bon œil pour les sujets intéressants, les belles lumières et les scènes visuellement fortes. Ce qui manquait, c’était la finesse. Au début, je photographiais des choses qui étaient belles en elles-mêmes, mais je ne pensais pas encore à l’interaction plus profonde à l’intérieur d’une image.

Avec le temps, j’ai évolué grâce à la patience, à une meilleure conscience de la composition, à des compétences d’édition plus solides et à une meilleure compréhension des conditions météorologiques. Au début, je me précipitais souvent, je prêtais moins attention aux réglages de l’appareil, et je sacrifiais parfois la netteté ou l’équilibre simplement parce que j’étais trop enthousiasmée par ce que je voyais. Aujourd’hui, je reste calme, je prends mon temps, j’observe plus attentivement et j’aborde chaque scène avec davantage d’intention.

Même ma philosophie d’édition a évolué. J’étais auparavant attirée par des contrastes plus marqués, une dramaturgie plus accentuée et des couleurs plus saturées. Même si j’aime toujours les images fortes, je cherche aujourd’hui une expression plus honnête et naturelle, en renforçant ce qui était réellement présent plutôt qu’en créant quelque chose d’artificiel.

“Avec le temps, j’ai évolué grâce à la patience, à une meilleure conscience de la composition, à des compétences d’édition plus solides et à une meilleure compréhension des conditions météorologiques.”
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Dans les archives photographiques et le workflow créatif de Nina Lozej

Au fil des années, vous avez probablement accumulé un grand nombre d’images à travers les saisons et les lieux. Comment gardez-vous une vision claire de votre travail dans le temps ? Vous arrive-t-il de vous “perdre” dans vos propres archives ?

Au fil des années, mes archives se sont enrichies de plusieurs dizaines de milliers d’images, couvrant plus d’une décennie de saisons changeantes, de lieux explorés et d’évolution personnelle. Pour moi, cela semble plus inspirant que chaotique, parce que l’organisation m’est toujours venue naturellement.

Je vois mes archives comme une collection de souvenirs, d’expériences et de preuves de progression. Lorsque je revisite d’anciens dossiers, je ne cherche pas seulement des images oubliées que j’aurais pu négliger, mais je me reconnecte aussi à des versions plus anciennes de moi-même en tant que photographe. Les anciennes photos me rappellent souvent ce qui m’inspirait à ce moment-là.

Gérer des archives est clairement une compétence à part entière, distincte de la photographie elle-même. Des habitudes simples — transférer immédiatement ses fichiers, organiser de manière cohérente, maintenir des sauvegardes, etc. — sont tout aussi importantes que la vision artistique si l’on veut que son travail conserve du sens dans le temps.

“Je vois mes archives comme une collection de souvenirs, d’expériences et de preuves de progression.”
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Quelles sont vos trois habitudes ou réflexes essentiels pour organiser, retrouver et donner du sens à vos images au fil des années ?

Je suis un workflow simple, mais très régulier, qui m’aide à garder mes images organisées et porteuses de sens dans le temps. Dès que je rentre d’une séance photo, je transfère tous les fichiers de mes cartes SD vers mon ordinateur. En même temps, je recharge les batteries et je prépare mon matériel pour la prochaine sortie. Cela me permet de rester prête et d’éviter l’accumulation de tâches inachevées.

Mon système d’organisation est très simple. Les fichiers RAW sont stockés dans des dossiers nommés par date, ce qui permet de conserver un ordre chronologique. Les photos retouchées sont ensuite séparées dans des dossiers par lieu. Cette structure me permet de toujours retrouver rapidement ce que je cherche, même des années plus tard, sans dépendre uniquement de ma mémoire.

Les sauvegardes et la régularité sont également essentielles. Je veille à transférer et sauvegarder mes fichiers régulièrement, parce que protéger son travail est tout aussi important que le créer.

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Avec le recul, quelle est la chose que vous auriez aimé comprendre plus tôt sur la gestion de vos images et de votre travail ?

Ce que j’aurais aimé comprendre plus tôt, c’est à quel point la structure et le timing sont importants en photographie — pas seulement sur le terrain, mais surtout après la prise de vue. Au début, je retouchais souvent trop vite et je n’avais pas de système clair pour gérer mes fichiers. Je comptais trop sur ma mémoire, qui devient peu fiable dès que l’on constitue un grand volume de travail.

Aujourd’hui, je vois la photographie comme bien plus que le simple fait de sortir et prendre des photos. Le vrai travail réside aussi dans la manière dont on gère, sélectionne, retouche, organise et partage ses images. Avoir un système solide, c’est ce qui permet à la créativité de s’accumuler et de devenir quelque chose de durable.

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Pour Nina, la photographie est une manière de regarder plus longtemps — revenir, attendre, observer, jusqu’à ce que la lumière, le brouillard et le paysage révèlent quelque chose d’inattendu. Son travail nous rappelle que même les lieux familiers peuvent encore nous surprendre, lorsqu’on leur laisse le temps de se transformer.

Pour découvrir davantage les images de Nina, suivre ses prochaines explorations et entrer dans son univers de paysages brumeux, de lumières suspendues et de moments rares, vous pouvez la retrouver sur Instagram.

Crédit photo : © Nina Lozej

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