Andrea Angrisani photographie les gens tels que nous les rencontrons le plus souvent dans la vie réelle : discrètement, sans interrompre l’instant, et avec un profond respect.
D’un pays à l’autre, il se fond dans le rythme du quotidien et en rapporte quelque chose de plus rare que de simples « images de voyage » : de petits fragments de vérité — un regard, un geste, un moment de bienveillance. Ses portraits sont très peu retouchés, parfois volontairement imparfaits, parce que l’authenticité compte davantage que la perfection.
Dans cette interview, Andrea revient sur ce qui nourrit son approche humaniste, sur la façon dont le voyage et les cultures façonnent son regard, ainsi que sur les choix concrets qui lui permettent de rester discret et de laisser l’histoire guider l’image.

Un voyage dans l’art du portrait avec Andrea Angrisani : créer des ponts entre les cultures à travers les personnes
Qu’est-ce qui a éveillé votre passion pour le portrait et la photographie de personnes issues de cultures différentes ? Nous aimerions en savoir plus sur votre parcours.
À travers mes photographies, je cherche à montrer la beauté de l’humanité, qui réside selon moi dans la diversité des personnes, les couleurs des cultures et ces petites imperfections qui rendent chacun unique et irremplaçable. Avec mes images, j’essaie ainsi de créer des ponts entre les cultures.
Mes photographies invitent le spectateur à réfléchir, à se reconnaître dans l’autre et à redécouvrir l’émerveillement dans les petites choses du quotidien. Image après image, j’essaie ainsi d’offrir au monde de petits fragments de vie, pour montrer que l’humanité, malgré tout, reste extraordinairement belle.
« J’essaie d’offrir au monde de petits fragments de vie, pour montrer que l’humanité, malgré tout, reste extraordinairement belle. »

Vous semblez toujours très attaché à vos origines. Comment Bologne et votre identité italienne ont-elles influencé votre travail, et de quelle manière continuent-elles à le nourrir aujourd’hui ?
En réalité, Bologne n’est pas ma ville natale, mais après y avoir vécu pendant plus de 30 ans, je la considère comme telle. C’est une ville magnifique, portée par une scène culturelle très dynamique et une stimulation intellectuelle constante, qui ont sans aucun doute influencé mon regard artistique.
La présence de son université historique lui confère également un esprit de plus en plus cosmopolite, propice au mélange des styles, des influences et des langages artistiques.

Histoires, voyages et immersion au-delà du regard touristique
Vous avez voyagé dans de nombreux pays, pourtant vos images capturent souvent les personnes avec une forme de simplicité humaine universelle. Est-ce un choix volontaire, et pourquoi ?
Absolument. Faire ressortir dans mes images une forme de simplicité humaine universelle est un choix tout à fait intentionnel. En me concentrant sur des instants simples et sincères, j’espère mettre en lumière ce fil commun d’humanité qui nous relie tous.
Je crois que c’est dans ces moments — un sourire discret, un regard spontané ou un geste de gentillesse — que nous pouvons nous reconnaître dans les autres, et ainsi percevoir le monde comme un peu plus proche et plus connecté. Mon objectif est de créer des images qui dépassent les différences culturelles ou géographiques et invitent le spectateur à se sentir profondément relié aux personnes photographiées.
« En me concentrant sur des instants simples et sincères, j’espère mettre en lumière ce fil commun d’humanité qui nous relie tous. »

Vos photos et les textes qui les accompagnent semblent raconter des histoires, en capturant l’âme et la vie de vos sujets. Vous considérez-vous davantage comme un conteur ou comme quelqu’un ayant une démarche pédagogique ?
En tant qu’accompagnateur de voyage et photographe, qu’est-ce qui vous attire dans un nouveau pays ? Et l’un de ces rôles a-t-il inspiré l’autre ?
En tant que photographe, ce qui m’attire dans un nouveau pays, c’est la possibilité de découvrir des traditions culturelles différentes des nôtres et de saisir, à travers mon appareil, des instants uniques et authentiques.
J’ai toujours cherché à aller plus loin dans l’immersion, à découvrir des histoires ou des situations intéressantes au-delà de l’expérience touristique classique. Et c’est également cette approche que j’adopte lorsque j’accompagne des groupes en voyage.

Portraits discrets dans la vie réelle : matériel, consentement et défis culturels
Si l’on prend un peu de recul, qu’est-ce qui vous a amené à devenir photographe ? Avez-vous une anecdote personnelle à partager ?
Enfant, il m’arrivait de jouer avec le vieil appareil photo de mon père, et j’étais curieux de comprendre comment fonctionnaient le posemètre et la mise au point manuelle.
Quelques années plus tard, j’ai reçu mon premier appareil argentique en cadeau et j’ai commencé à photographier pendant les vacances et à chaque occasion particulière. À partir de ce moment-là, ma passion pour la photographie n’a cessé de grandir.

Vous réalisez souvent des portraits spontanés. Quel type de matériel utilisez-vous le plus pour ce genre d’images, notamment lorsque vous cherchez à rester discret ?
J’utilise toujours mon reflex, car je pense qu’il est plus important de se concentrer sur la relation humaine que sur un matériel « invisible ».
La plupart du temps, les gens sont tellement absorbés par leurs activités qu’ils ne sont pas dérangés par ma présence. Il arrive aussi qu’ils s’arrêtent pour me saluer et échanger quelques mots, puis qu’ils reprennent naturellement ce qu’ils faisaient. À ce moment-là, il devient très facile de les photographier.
Il y a aussi des situations où certaines personnes font clairement comprendre qu’elles ne souhaitent pas être photographiées, et ce choix doit bien sûr être respecté.

Quelle est la situation culturelle la plus difficile que vous ayez rencontrée en photographiant à l’étranger, et comment l’avez-vous gérée ?
En Afrique, certaines personnes vivant encore au sein de communautés tribales se sont habituées à être rémunérées pour être photographiées. Dans ce contexte, il devient très difficile de réaliser des images spontanées. Le simple fait de se promener avec un appareil photo pouvait devenir éprouvant : dès qu’il était repéré, je pouvais être entouré par des dizaines de personnes demandant avec insistance à être photographiées en échange d’argent.
La solution a été de rester plusieurs jours dans les villages, en y passant également la nuit, afin que les habitants puissent peu à peu s’habituer à ma présence.

Retouches minimales, organisation intelligente et conseils aux jeunes photographes
Comme nous l’avons évoqué, votre travail donne une impression très brute et authentique. Effectuez-vous beaucoup de retouches en post-production ? Si ce n’est pas le cas, pourquoi tenez-vous à conserver vos images telles quelles ? Et si oui, qu’essayez-vous d’exprimer à travers ces retouches ?
Je pense qu’une photographie doit absolument transmettre une sensation de réalité et que, pour rester crédible, elle peut parfois conserver certaines imperfections. C’est pourquoi je limite la post-production dans Lightroom à quelques ajustements de luminosité, de couleurs ou à de petites corrections. J’évite les retouches plus poussées, car j’estime qu’elles risqueraient de dénaturer l’image et de lui faire dire quelque chose qu’elle n’est pas.
Par ailleurs, si l’on recherche aujourd’hui des images parfaitement lisses, il n’a plus vraiment de sens de parcourir la moitié du monde pour photographier, puis de transformer profondément les images une fois rentré chez soi. Pour obtenir ce type de résultat, la génération d’images par intelligence artificielle pourrait même produire quelque chose d’encore plus parfait.

Lorsque vous revenez d’un voyage avec des milliers de photos, comment les organisez-vous ? Suivez-vous une méthode précise ou laissez-vous votre système évoluer naturellement ?
Lorsque l’on a des milliers de photos à organiser, il est essentiel d’avoir une méthode claire, sinon il devient très difficile de retrouver une image précise.
Chaque photographe a ses propres besoins et, pour cette raison, je ne pense pas qu’il existe une méthode universelle meilleure qu’une autre : l’important est d’avoir son propre système.
Personnellement, je classe mes photos dans des dossiers correspondant aux différents lieux où elles ont été prises, puis j’ajoute des mots-clés spécifiques aux images les plus intéressantes. Cela me permet de les retrouver beaucoup plus facilement, même plusieurs années après.

Avez-vous des recommandations concernant les solutions qui vous aident à gérer votre activité de photographe ?
Chaque photographe a sa propre manière de penser et de s’organiser. Mon conseil serait toutefois de prendre régulièrement du recul sur ses points faibles, puis de tester différentes solutions pour y répondre.
Heureusement, il existe aujourd’hui de nombreux outils capables de simplifier et d’améliorer à la fois le workflow et la gestion d’une activité photographique. J’essaie moi-même de nouveaux logiciels de temps en temps, car on peut toujours tomber sur celui qui correspond vraiment à ses besoins.
Par exemple, j’ai récemment commencé à utiliser Peakto et je dois dire que le logiciel a dépassé mes attentes, notamment pour la recherche d’images par mots-clés et son intégration avec Lightroom.
Enfin, quel conseil donneriez-vous à un jeune photographe qui rêve de capturer la vie de rue et les instants du quotidien à travers le monde ?
Le principal conseil que je donnerais est d’éduquer son regard photographique en observant les images des grands photographes et en essayant de comprendre comment ils travaillent la lumière, la composition et ce qui rend leurs images si particulières.
C’est une base essentielle pour progresser techniquement, surtout au début. Ensuite, il faut beaucoup photographier, mais aussi prendre le temps d’analyser ses mauvaises images afin de comprendre ses erreurs et d’éviter de les reproduire par la suite.

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Crédit photo : © Andrea Angrisani












